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Serait ce la fin du modèle suédois ?

Hegel disait de la philosophie qu´elle était en retard sur le réel. On pourrait dire la même chose de la politique après les élections législatives et communales en Suède où, outre l´entrée de l´extrême-droite au Parlement avec 20 mandats et un score historique de 5.8% des voix, les Sociaux-démocrates ont réalisé leur plus mauvais score (30.8%) depuis un siècle.

Il existe des raisons conjoncturelles à cette défaite, d´une part la difficile organisation d´une gauche plurielle à la suédoise avec le frère ennemi (le parti de gauche, les ex-communistes) et les écologistes et d´autre part le bon bilan de la coalition conservatrice-libérale avec une économie forte et une bonne gestion de la crise financière de 2008. Tout était réuni pour faire de cette élection un moment historique dans l´histoire politique suédoise : soit l´alliance rouge-verte gagnait avec, pour la première fois, une femme à la tête d´un gouvernement soit Fredrik Reinfeldt s´imposait en devenant le premier homme politique conservateur à conserver son poste au-delà d´une échéance électorale. La dernière option a prévalu, mais il existe une tendance profonde au déclin des sociaux-démocrates qui depuis le début des années 1990 peinent à retrouver un leadership.

Le modèle suédois reposait sur une équation liant État-Providence fort et compétitivité économique. Cette formule était garantie par la stabilité politique autour du parti social-démocrate, ayant dominé la vie politique pendant plus de soixante-quinze ans. Ce parti avait des relais importants dans les syndicats et en particulier auprès de LO, l´un des syndicats les plus puissants de Suède. Les années 1990 ont sérieusement remis en cause ce modèle avec le gouvernement de Carl Bildt entre 1991 et 1994 qui a lancé une série de privatisations mettant à mal l´État-Providence (privatisation de la Poste et d´un certain nombre de services publics). Certaines de ces privatisations ont été poursuivies par le gouvernement social-démocrate de Göran Persson à la fin des années 1990 dans le secteur de la santé.

Dans le même temps, les conservateurs ont construit une coalition avec les chrétiens-démocrates, le parti du centre et les Libéraux pour contrebalancer cette hégémonie. C´est ce qui avait contraint Mona Sahlin à rechercher pour la première fois dans l´histoire du parti social-démocrate une alliance avec d´autres formations politiques alors même que les relations avec les syndicats s´affaiblissaient. Le paysage politique est complètement transformé avec deux grands partis politiques (Sociaux démocrates et Conservateurs autour de 30%) et six formations obtenant entre 5 et 7.1% des voix. Nous avons donc un système multipartite avec une politique de blocs (alliance conservatrice-libérale contre alliance rouge-verte) bénéficiant aujourd´hui à l´extrême-droite en position d´arbitre.

Le modèle suédois n´est plus d´actualité depuis le milieu des années 1990, le résultat du 19 septembre n´a fait que traduire politiquement cette réalité existant depuis une quinzaine d´années. L´hégémonie social-démocrate a fait place à un régime multipartite avec de nombreuses tractations politiques à la clé entre les diverses coalitions possibles. La nouvelle génération d´électeurs (un million ayant voté pour la première fois) n´a plus les mêmes préoccupations et semble davantage attirée par des formations politiques de taille moyenne. La campagne a en plus montré que le thème de l´État-Providence était passé au second plan après la question de l´emploi. À bien des égards, le profil de la Suède est semblable à la situation politique des pays d´Europe du Sud.

Section de Suède
12/10/2010

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