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La scission de la Belgique serait une catastrophe pour l’Europe, pour la solidarité et pour la démocratie

Après plus de 400 jours sans gouvernement, la Belgique est partie en vacances avec une lueur d’espoir : la nième tentative de conciliation, menée par le socialiste francophone et candidat au poste de Premier Ministre, Elio Di Rupo, devrait déboucher sur la reprise des négociations entre les 8 partis traditionnels des familles socialiste, sociale-chrétienne, libérale et écologiste. Après des mois passés à la remorque des nationalistes de la N-VA, le CD&V, parti social-chrétien flamand, autrefois dominant au nord du pays mais toujours sidéré par la gifle électorale du 13 juin 2010 et la concurrence des nationalistes, a finalement décidé de rejoindre les discussions et la recherche d’un compromis. Le ralliement du CD&V, s’il se confirme, permettrait d’atteindre la majorité des 2/3 au Parlement, nécessaire à toute nouvelle réforme de l’Etat. La marginalisation de la N-VA constitue un pari risqué : en cas d’échec de la coalition à 8, les nationalistes flamands ramasseront immanquablement la mise aux prochaines élections, ce qui approfondirait le fossé entre les deux grandes communautés du pays et aggraverait une crise politique déjà sans précédent.

Pour sauver la Belgique, les partis traditionnels sont condamnés au succès. Seule une profonde réforme de l’Etat, dont la nécessité n’est plus contestée par personne, permettra la survie du Royaume. Cependant, même si les belges sont passés maîtres dans l’art du compromis improbable en matière d’ingénierie institutionnelle, l’échec ne peut être exclu. Doit-on dès lors se résigner à l’éclatement de la Belgique ? Il faut, en tout cas, tout faire pour l’éviter, car la partition d’un pays fondateur de l‘Union constituerait une catastrophe pour la construction Européenne, pour la solidarité et pour la démocratie.

Une catastrophe pour l’Union Européenne

Les nationalistes flamands de la N-VA se présentent comme un parti démocratique et Européen, convaincus qu’un transfert des compétences régaliennes de l’Etat belge vers l’Union Européenne ne pourrait qu’accélérer l’évaporation d’une Belgique qu’ils considèrent comme l’instrument d’une domination francophone pourtant largement érodée. La N-VA a toujours affiché un soutien sans faille à la construction Européenne, dans laquelle elle voit un allié objectif dans sa quête d’indépendance. Cet européisme de façade a su tromper jusqu’aux écologistes européens, qui accueillent dans leur groupe l’unique député N-VA au Parlement européen.

La récente sortie d’un député nationaliste au Parlement belge contre la mise en œuvre des ressources propres pour le budget Européen, et le soutien du parti au retour des contrôles aux frontières intérieures de l’Union révèlent la nature profondément eurosceptique de la NVA . En refusant à l’Union Européenne de dégager des moyens supplémentaires, elle se rapproche, en toute logique, des positions des plus anti-Européens. On voit mal comment un hypothétique gouvernement nationaliste d’une jeune République de Flandre débarrassée de l’Etat fédéral belge consentirait à abandonner une part de sa souveraineté toute neuve à une nouvelle entité fédérale et supranationale, fût-elle Européenne. Au lendemain d’une scission de la Belgique, les parlementaires Européens de la N-VA rejoindront immédiatement les rangs des conservateurs britanniques et des autres anti-européens, dont ils partagent par ailleurs les conceptions ultra-libérales en matière économique et sociale. Pour tous, aucune entité politique multinationale et fédérale ne peut survivre durablement, l’Etat-Nation demeurant l’horizon indépassable de l’exercice de la démocratie.

L’éclatement de la Belgique et l’avènement d’une Flandre indépendante et nationaliste renforceraient les partisans d’une simple Europe de la coopération entre des nations souveraines, contre les tenants de l’Europe communautaire forte, de la solidarité et de la convergence.

Une catastrophe pour la solidarité

A l’instar de la Ligue du Nord en Italie, ou des nationalistes écossais ou catalans, les nationalistes flamands s’appuient sur une différence de richesses entre les deux parties du pays : la Wallonie, vieille région industrielle, est aujourd’hui économiquement à la traîne, alors que la Flandre a refait son retard grâce à un tissu de PME dynamiques et à un rattrapage en matière d’infrastructures, du reste largement financées, dans les années 60/70, par la Wallonie En dénonçant les transferts nord-sud d’aujourd’hui, les nationalistes font preuve d’un égoïsme de nouveaux riches et d’une démagogie assumée. Selon leurs calculs, ces transferts équivaudraient à ce que chaque ménage flamand paye une voiture neuve à chaque ménage wallon tous les 4 ans. Histoire de bien marquer les esprits, le leader de la N-VA, Bart De Wever, n’a pas hésité à déverser, devant les caméras, plus de 10 milliards de (faux) billets de bon argent flamand au pied des ascenseurs à bateaux de Strépy-Thieu, un chef d’œuvre d’infrastructure inauguré en 2002 en Wallonie. Face à ce qu’elle considère comme un « hold up », la N-VA réclame davantage de « responsabilisation » des régions, un euphémisme couramment utilisé dans le débat politique belge pour exiger une conditionnalité des transferts de solidarité entre la Flandre et la Wallonie. La demande d’une scission accrue des différentes branches de la sécurité sociale, d’une activation plus musclée des chômeurs, voire de la réduction drastique des allocations de chômage participent de la même stratégie d’étouffement : mis au pain sec, ces francophones finiront bien par accepter la séparation d’avec les flamands qui ne sont plus disposés à se laisser exploiter…

Le budget fédéral de la Belgique représente un quart des dépenses publiques du royaume. A l’issue de la réforme en négociation, les régions hériteront de nouvelles compétences en matière d’emploi, de soins de santé et de gestion des allocations familiales pour un total de 17 Milliards d’EUR, alors que des compétences aussi importantes que l’éducation, le développement économique, la culture, les transports publics, l’environnement, le tourisme, et jusqu’au commerce extérieur, ont été transférées aux régions depuis longtemps. L’accroissement de l’autonomie fiscale des entités fédérées, à hauteur de 10 milliards d’EUR, devrait profiter davantage à la riche Flandre qu’à la pauvre Wallonie ou à la région de Bruxelles-capitale. Petit à petit, les réformes successives vident l’Etat fédéral de sa substance, au détriment de la solidarité géographique et inter-personnelle. Malgré la résistance exercée par les partis francophones emmenés par le PS, l’idéologie flamingante du « wat we zelf doen, doen we beter » , inspirée d’un principe de subsidiarité quelque peu dévoyé, gangrène les politiques publiques au point d’ébranler l’état-providence et le sens du compromis, deux piliers de la démocratie belge.

Une catastrophe pour la démocratie

La situation dans laquelle de trouve le Royaume de Belgique à l’issue des élections de 2010 met à mal les bases mêmes de la démocratie parlementaire et les principes de bonne gouvernance. Des Etats moins familiers du surréalisme auraient sans doute déjà mal digéré un cocktail composé :
– d’un Parlement élu en Juin 2010, au sein duquel, en plus d’un an, nulle coalition majoritaire n’a pu émerger entre les 12 partis représentés ;
– d’un gouvernement fédéral démissionnaire, qui administre le pays depuis 15 mois en « affaires courantes » sans bénéficier de la confiance du Parlement élu, mais qui a malgré tout engagé la Belgique dans les opérations militaires en Lybie, confirmé la participation puis le retrait de ses troupes d’Afghanistan, élaboré un budget de plein exercice, etc.
– d’une dette qui flirte avec les 100 % du PIB ;
– d’un roi aux pouvoirs constitutionnellement limités, et qui risque le reste de crédibilité de la monarchie en admonestant la classe politique lors de son discours de fête nationale le 21 juillet.

La scission des partis politiques, des médias et des circonscriptions électorales au cours des années 60-70, ainsi que les réformes de l’Etat successives ont approfondi les divergences entre les opinions publiques flamande et francophone. Chaque parti politique s’adresse aujourd’hui à sa seule communauté, sans réelle considération pour l’intérêt général. De chaque côté de la frontière linguistique, une partie de la presse, des medias et du personnel politique entretiennent les clichés respectifs d’un flamand riche et travailleur, mais provincial et égoïste, et celui d’un wallon accueillant et bon-vivant, mais paresseux et assisté. La démagogie de la N-VA surfe sur la vague, sans que les autres partis du Nord ne parviennent à opposer une riposte crédible, tétanisés qu’ils sont par la peur d’être considérés comme de « mauvais flamands ».

Les partis francophones ne sont pas immunisés contre les dérapages démagogiques : le FDF , micro-parti associé au Mouvement Réformateur libéral (droite), n’est jamais en reste d’une provocation anti-flamande. Son rôle dans l’exacerbation des tensions en périphérie bruxelloise – située sur le territoire flamand mais à forte minorité francophone – en fait l’équivalent, pour l’opinion flamande, de ce que représente la N VA aux yeux des francophones.

La création d’une circonscription électorale fédérale – à l’échelle de toute la Belgique – permettrait peut-être la renaissance d’un espace de débat politique national. Chaque parti devrait alors développer un message acceptable pour l’ensemble des électeurs, au-delà de sa communauté. Il serait plus difficile pour la N-VA, qui n’a finalement recueilli que 18 % des suffrages à l’échelle du pays, de bloquer le fonctionnement des institutions. Si la proposition fait la quasi-unanimité du côté francophone, elle est – bien sûr – torpillée par les nationalistes, et repoussée avec frilosité par le parti chrétien-démocrate du Nord, écartelé entre ses « anciens », favorables au compromis, et ses « modernes », beaucoup plus sensibles aux thèses nationalistes.

Pour des Belges déjà passablement désabusés par la politique, qui votent par habitude et obligation légale, la crise politique récurrente que traverse leur pays pourrait finir de décrédibiliser la démocratie parlementaire. Certains en appellent au référendum, seul moyen apparent de résoudre définitivement le problème communautaire. Le pari apparaît cependant risqué : le seul scrutin référendaire qu’ait connu la Belgique n’a fait que renforcer les clivages et fut suivi de troubles graves. Il faudrait aussi s’accorder sur la question à poser (l’indépendance de la Flandre seule ? La continuation d’une Belgique en modèle réduit ?), puis envisager les différents scenariis en fonction des résultats possibles… une gageure. En outre, un résultat acquis à une très faible majorité, dans un sens ou dans l’autre, représenterait à la fois le scénario le plus probable, mais aussi le plus dangereux pour la paix civile.

Une Belgique réduite à la Wallonie, avec ou sans Bruxelles, n’apparaît pas viable. Pour autant, le rattachement à la France, évoqué de façon récurrente, relève du phantasme romantique du XIXème siècle et ignore une réalité constante : les Belges francophones ne veulent pas devenir français . Relancer l’option rattachiste revient à se placer dans le scenario de la scission, en faisant le jeu du nationalisme, dont F. Mitterrand rappelait, dans son dernier discours au parlement Européen, qu’il mène toujours à la guerre. S’il n’est pas étonnant que le Front National se déclare prêt à annexer la Wallonie , il est choquant d’entendre des hommes politiques français issus de partis démocratiques, même de second plan, lui emboîter le pas .

La Belgique est au cœur de l’Europe, elle en abrite les institutions. Elle a longtemps fait figure d’exemple dans la recherche permanente du compromis, le même qui a constamment fait progresser la construction Européenne. Le modèle social belge, profondément inspiré du compromis social-démocrate, résiste assez bien dans une Europe dominée par les libéraux et les conservateurs. Alors qu’un nouveau consensus semble se dégager au niveau Européen sur la nécessité d’un saut fédéral et d’une Europe plus intégrée, plus solidaire et plus politique face à la crise économique et financière mondiale, les nationalistes conservateurs de la N-VA proposent aux flamands une aventure dangereuse et rétrograde.

La Belgique ne repose ni sur un sentiment d’appartenance national fort, ni sur une histoire millénaire, encore moins sur une langue et une culture unique, mais sur des valeurs. Face aux nationalistes du dedans comme du dehors, la place des progressistes et de la Gauche est aux côtés de la majorité des Belges attachés à leur pays, à la démocratie, au compromis entre les peuples, à la solidarité entre les personnes et à la construction Européenne.

notes
2) PIB/Hab 2008 (UE = indice 100) : Wallonie : 84 – Flandre : 114 (source : Eurostat – 24/02/2011)
3) « Ce que nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux ».
4) Cf composition de la Chambre des Représentants en annex
5) Font Démocratique des Francophones
6) En 1950, le référendum sur la monarchie et le retour de Roi Léopold III a donné les résultats suivants : Pour 58 % – Contre : 42 %, avec une Flandre royaliste à 72 % et une Wallonie anti-monarchiste à 58 % . il fut suivi de troubles et de violences, qui n’ont cessé qu’avec l’abdication de Léopold III et la montée sur le trône de son fils Baudouin .

Un commentaire

  1. par pascal - 4 août 2011 à 8 h 51 min

    La seule « provocation anti-flamande » récurente du FDF est demander qu’on reconsdiére le statut des commununes à majorité (70+%) francophone annexées par la Flandre en 1963 lorsqu’elle refusa le referendum linguistique qui les eut placées dans Bruxelles, contre un promesse acceptée naivement de paix commnunautaire, et, plus généralement, qu’on ne peut isoler Bruxelles, region francophone à 90% dans un territoire flamand nationalistes dont le but avoué est de faire siscion avec la capitale dans ses bagages.

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