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Le village global ou les effets de l’augmentation des prix des matières premières sur la Bolivie

Alors que le président Evo Morales Ayma achevait la première année de son second mandat à la tête de la Bolivie (2010-2013), son gouvernement prenait en décembre 2010 la décision d’augmenter les prix des hydrocarbures distribués à l’intérieur du pays. Contrairement à la situation des pays européens, la hausse des prix des hydrocarbures sur les marchés internationaux n’est pas vraiment la cause de cette décision bolivienne.

La réaction des Boliviens fut presque immédiate. Quelques jours seulement après l’annonce de cette mesure gouvernementale, ils organisaient le gasolinazo[i] : une paralysie du pays par des marches organisées entre le 26 et le 31 décembre 2010 destinées à protester contre l’augmentation des prix des hydrocarbures. Rejoignant sur ce point les Européens, le prix de ces produits est un des éléments très sensibles dans les budgets boliviens.

En effet, si la Bolivie est le deuxième producteur de gaz d’Amérique du Sud, gaz qu’elle exporte très largement, elle importe en revanche massivement les hydrocarbures raffinés dont l’économie nationale a besoin, notamment le diesel. En effet, pour favoriser la compétitivité des entreprises boliviennes, notamment celles du secteur agro-industriel, l’Etat subventionne fortement les prix des hydrocarbures. C’est ainsi, par exemple, que la bouteille de gaz est trois fois plus onéreuse pour le consommateur péruvien que bolivien (8,66 euros au Pérou contre 2,24 euros en Bolivie). Toutefois, ce différentiel de prix avec les pays voisins favorise aussi un vaste mouvement de contrebande des hydrocarbures boliviens, en particulier vers le Pérou et le Brésil.

Pour le gouvernement bolivien, la décision d’augmenter les prix intérieurs des hydrocarbures était un moyen, d’une part de tenter de mettre fin à un trafic illégal qu’il combat depuis plusieurs années sans beaucoup de résultat, et d’autre part de financer par la même occasion une augmentation des salaires dans la fonction publique.

Dans ces conditions, pourquoi les Boliviens ont-ils si vigoureusement protesté contre cette décision de leur gouvernement, jusqu’à obtenir son abrogation, alors même qu’ils préparaient les fêtes de fin d’année ?

L’annonce de la hausse des prix des hydrocarbures a été l’étincelle qu’espéraient beaucoup d’entreprises pour justifier celle d’autres produits. C’est ainsi que dans le secteur alimentaire, les prix ont brutalement augmenté entre décembre 2010 et janvier 2011, certains produits affichant des hausses de plus de 20%. Parallèlement, il y avait presque pénurie de ces mêmes produits sur les marchés intérieurs, comme le sucre.

La gravité de la situation, soulignée par l’ampleur de la mobilisation des Boliviens (photographie 1) dans une période normalement calme des fêtes de fin d’année, obligea l’Etat à intervenir : d’une part en achetant lui-même sur les marchés certains produits élémentaires afin de mieux en garantir le prix de revente (les importations alimentaires couvrent 20% des besoins boliviens) et en interdisant l’exportation de certains autres, et d’autre part, en distribuant lui-même certains produits par l’intermédiaire d’une entreprise alimentaire nationale (EMAPA).

En dépit de ces mesures, l’Etat bolivien n’est pas parvenu à enrayer un processus inflationniste. En effet, ce processus, déjà bien documenté par les analystes à travers le monde depuis plusieurs mois, lui échappe en partie. Par exemple, le Brésil achète aux producteurs boliviens leur soja (ce qui lui permet notamment d’augmenter chez lui sa production d’agro-carburants) à un prix assez bas (grâce aux hydrocarbures subventionnés et au faible coût de la main-d’œuvre) qu’il réexporte dans le reste du monde pour en faire les tourteaux nécessaires à l’alimentation du bétail élevé en hors-sol, en appliquant une hausse de prix.

Localement, cette augmentation globale des prix à l’échelle de la planète rétro alimente une moindre capacité d’acquisition des salaires boliviens de produits transformés, très souvent importés. Elle a obligé ainsi le gouvernement bolivien à négocier en mars 2011 avec les organisations syndicales et patronales une augmentation minimale de 10% des salaires, laquelle a nouveau relancé l’inflation intérieure (hausse du prix des transports en commun, etc.) déjà élevée (proche de 10% sur l’année 2010).

L’exemple bolivien souligne une nouvelle fois, s’il y avait besoin, les liens qui unissent chaque jour de manière plus étroite les pays de la planète. Il prouve l’importance à donner au dialogue ouvert entre les pays, aussi bien au Nord qu’au Sud, pour penser d’autres modèles de croissance, et limiter de la sorte leurs effets délétères pour les citoyens.

 

 

Photographie n°1 : La mobilisation des citoyens contre l’augmentation des prix des carburants et la pénurie de certains aliments a animé les rues de La Paz, siège du gouvernement bolivien, pourtant déjà bien animées toute l’année par les différentes marches qui y sont presque quotidiennement organisées (S. Radhy, 2010).


[i] gasolinazo : surnom donné au décret 0748 du 26 décembre 2010.

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