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Les ambassadeurs du projet socialiste à Prague

La journée commence par un petit déjeuner bien sympathique auquel les messagers sont conviés en présence de nombreux responsables politiques du CSSD qui tient sa conférence programmatique. Elle se fait en présence des responsables du parti qui appartiennent au shadow cabinet d’opposition. On y retrouve notamment le 4ème président du gouvernement tchèque Vladimir Spidla dont l’engagement européen ne se dément pas et Jiri Havel, membre du Parlement européen.

La discussion s’engage sur l’énergie et particulièrement le nucléaire qui focalise toute l’attention. Les Tchèques comprennent et admettent volontiers qu’il y a un problème avec ce type d’énergie et qu’il est nécessaire d’en discuter avec les partenaires européens. Ils comprennent la sensibilité de leur voisin autrichien à ce sujet. En interrogeant Catherine Trautmann, ils s’aperçoivent que la question n’est pas taboue, qu’elle a fait partie du débat des primaires et que depuis Fukushima, la France aussi se remet en question. Pour autant, le message est clair. Le nucléaire reste une énergie propre comparée au charbon, dont nous ne pouvons pas nous passer du jour au lendemain. La diminution de son poids dans notre production d’énergie ne peut se faire que progressivement. Passer de 75 % à 50 % de nucléaire pour la production d’électricité, représente un effort considérable. La France tout en s’adaptant à la transition vers les énergies renouvelables, ne peut ni mégoter sur les questions de sécurité, fondamentales pour en gérer la production, ni abandonner la recherche et le développement dans ce domaine, gage de performance et d’efficacité pour l’avenir. Les chantiers de l’EPR de Flamanville, ou le projet de recherche Iter sont évoqués. Les Tchèques partagent pleinement ce point de vue. La Tchéquie tient à ce que la France n’abandonne pas le nucléaire et qu’elle continue au contraire à faire valoir sa compétence et son rôle industriels dans ce secteur. Un abandon signifierait une perte de confiance, or cette confiance est nécessaire pour réaliser des centrales. La Tchéquie en a besoin.

Sur la question économique, comme partout ailleurs, le « ne pas payer pour les autres » traverse les esprits. Quelle part donner aux mécanismes de solidarité, sans risquer de couper un espace européen dont l’avenir doit rester commun ? La menace d’une Europe coupée en deux entre les états du nord vertueux et ceux du sud, dispendieux n’est pas vue d’un bon œil. Elle mettrait la République thèque sous influence allemande avec une orthodoxie budgétaire qui ne saurait représenter l’alpha et l’omega de ce qui nous rapproche en Europe.

La convention programmatique

Au moment où le CSSD ouvre sa convention, il nous faut comprendre que c’est un travail d’un an qui nous est présenté. « Mluvte nam do toho» (*1) est érigé en slogan pour la journée de réflexion. Les 6 tables rondes illustrent bien les débats qui transcendent la social démocratie européenne :
– L’Europe et la gauche,
– Le système de santé et de soin,
– La lutte contre la corruption,
– Le système de taxation,
– Les pensions de retraites et la protection sociale,
– Les politiques régionales.

Dans son discours d’introduction, Bohuslav Sobotka, président du CSSD tire le bilan des 3 années de gouvernement à droite et évoque la peur des classes moyennes inquiètes pour leur niveau de vie, les impôts toujours croissants et la corruption qui exaspère ce à qui on demande toujours plus d’efforts. La peur de gouvernements autoritaires hante les dirigeants qui souhaitent à la fois des changements «réalistes» et «durables». Le premier gage de durée dans le temps est la réaffirmation des valeurs qui doit guider les choix de la social démocratie. La lutte contre la corruption, le détournement de l’argent public alors que dans le même temps on privatise les fonds de pension, apparaît non seulement scandaleux, mais aussi anxiogène.

L’objectif de notre action devrait plutôt porter sur l’emploi, les exportations dans la zone euro et les nouvelles sources d’investissement. On ne peut préparer la compétition en pariant uniquement sur le marché privé. On ne peut détruire le système de santé, sans développer la recherche et le développement. L’Europe suit le chemin inverse de ce qui lui permettrait de sortir de l’ornière sans consulter le peuple. Cela va à l’opposé de la démarche du CSSD sûr que les sujets dont il parle, sont des préoccupations constantes et quotidiennes.

Dans la table ronde sur l’Europe et la gauche, nos partenaires tchèques dressent un bilan de 22 ans presque jour pour jour depuis la chute du mur de Berlin. Selon Lubomir Zaoralek, secrétaire national en charge des questions européennes, l’argent n’est plus un bien commun, il est annexé par quelques uns, ceux qui mènent le pays à la banqueroute. Tout est disponible par l’argent, ce qui permet de s’affranchir impunément des règles communes. La prise de conscience tient au fait que nous avons besoin de changement et que nous ne pouvons pas continuer ainsi. L’entre aide au niveau local, la fraternité qui permet aux gens de résister à la crise ne suffisent plus. Le CSSD à ce titre pense qu’il ne doit pas rester uniquement un parti, mais devenir un mouvement autour duquel s’agrègeraient l’action militante et les bonnes volontés qui agissent au quotidien dans les associations ou sur le terrain. Il faut générer de nouvelles valeurs susceptibles de redonner une véritable légitimité au pouvoir et un cap durable à l’action politique. L’exemple des primaires à la française interpelle. Démocratie est synonyme respect de l’opinion des autres alors que « la morale est moins démocratique que ce qu’elle devrait être en réalité ». Les politiques menées ne sont pas uniquement élaborées par les partis politiques, elles concernent avant tout la société.

Le CSSD prône une logique plus participative. Il faut que les gens se sentent impliqués par les décisions prises. Même au Royaume uni la contestation prend de l’ampleur. Que cela arrive dans un pays plus distant de la zone euro montre qu’il nous faut une alternative au système qui nous étouffe. Après la guerre le plan Marshall avait redonné un souffle et une chance pour chacun dans la société.

Invitée à s’exprimer dans la table ronde, Catherine Trautmann livre son analyse. Que la liberté pour tous soit un acquis est indéniable, mais aujourd’hui le reproche auquel nous sommes confrontés est que l’on ne protège effectivement pas assez les gens de tous les dérèglements dont ils sont victimes. On lutte dans la vie quotidienne pour préserver son emploi, sa santé et on a plus la force d’être encore solidaires. Et de s’interroger à la fois sur les raisons de la peur et de l’espoir qui nous tiraillent.

La peur, celle de l’austérité qui ne saurait être l’unique réponse à la crise. Les dirigeants conservateurs ont 3 responsabilités dans la crise :

1°) La dérégulation comme variable d’ajustement de l’économie,
2°) Le manque de solidarité des gouvernements européens. A l’entente européenne, se substitue une méthode intergouvernementale, voire bilatérale entre Paris et Berlin. Une sorte de directoire Sarkozy-Merkel qui s’est substitué à la recherche de politiques communes.
3°) une responsabilité enfin morale et politique. Il faut organiser le camp progressiste. L’Europe est la bonne plateforme pour des propositions alternatives.

A partir de là trois priorités apparaissent dans les politiques publiques que nous pourrions mettre en œuvre à gauche :
– Nous avons un devoir de répondre à la crise. La régulation, l’investissement ou la réduction de la dette ne doivent pas empêcher des politiques de relance de l’économie.
– Nous devons affronter le débat sur l’énergie et changer le mode d’organisation pour trouver des réponses communes en Europe,
– Chaque pays doit avoir le choix et la possibilité de préserver sa souveraineté

Dans l’intervention suivante, Robert Fico, responsable de SMER-SD, de la confédération des syndicats slovaques revient sur le lien entre action politique et syndicalisme. Il y a la nécessité pour lui de traduire la politique en mots simples et arrêter d’affoler les consciences. L’opinion n’est pas anti-européenne. L’Union représente au contraire pour elle une zone de prospérité et de stabilité. Mais cela ne peut exister sans dialogue social fort. Il faut se battre pour l’investissement public et lutter contre l’évasion fiscale. Pour toutes ces luttes, nous devons nous appuyer sur les avancées du traité de Lisbonne et faire valoir le droit de pétition qui y figure pour obliger le Conseil ou la Commission à réviser leurs positions.

Dans la table ronde sur la santé, l’équivalent de la CMU ou de la manière d’accéder aux soins pour un euro est remise en question. Il y a une réelle menace pour sauvegarder le système. David Rath ancien ministre de la santé, l’anime. Dans son exposé liminaire, un même constat d’échec de la politique menée s’impose. Les gestion des établissements hospitaliers et leur équilibre financier revêt plus d’importance que la santé des gens. On en oublie de se focaliser sur les raisons qui empêchent les gens de se soigner. Nous refusons la privatisation des hôpitaux, insiste-t-il et il est de notre devoir de proposer des modes d’organisation administrative, non lucrative. Nous devons également nous préoccuper des mutuelles et du remboursement de médicaments qui constitue une réelle barrière pour l’accès de chacun aux soins. Se demander quelle alternative proposer quand la prise en charge des séjours hospitaliers ne peut plus excéder 60 jours ?
Pour les professionnels du secteur, les employeurs doivent participer davantage au financement de la formation professionnelle.

Pour la chambre syndicale des médecins, la sécurité sociale peut proposer une gestion de long terme sans s’attacher uniquement à faire des profits. D’autres professionnels viennent apporter le témoignage que des systèmes alternatifs sont non seulement possibles mais souhaitables, tout en offrant une garantie d’accès aux soins pour chacun et une qualité de service élevée.

Le discours de Jaroslav Zavadil, représentant des syndicats CMKOS s’inscrit dans la même veine. Il souhaite une grande grève générale à l’instar des émeutes de Gwandju en Corée du sud dans les années 80 qui avaient incité les étudiants et les syndicats à se soulever et à prendre le pouvoir en ville contre la dictature de Chon Tu-hwan. Il faut selon lui renforcer la crédibilité de l’action syndicale sans passer par des slogans, mais en tenant compte de ce qu’on peut faire sur le plan financier et sans promettre ce qu’on ne peut pas tenir. Réduire l’endettement est donc bien une priorité surtout dans un état qui a vu sa dette passer de 1 billion de Couronnes tchèques en 2006 à 1,6 en 2010 et de se demander dans la foulée où est passé tout cet argent ? Pour finir par ce constat amer. « Nous vivons dans une étrange société. On mérite ce qui nous arrive, mais on ne mérite pas les gouvernants que nous avons ».

La social démocratie ne pourra retrouver sa crédibilité qu’en accomplissant les promesses grâce auxquelles elle aura été élue. Mais la difficulté pour les socialistes en cas de victoire sera de bien considérer qu’ils n’auront ni repos ni répit.

Autre thème non moins symbolique abordé au cours de cette journée : la corruption. Avec le sentiment d’un militant qu’on en parle beaucoup à gauche comme à droite, mais qu’on agit peu. Les poursuites judiciaires de certaines affaires de corruption finissent trop souvent aux oubliettes et le sentiment d’impunité exaspère la population surtout quand on lui explique que l’argent public ne suffit pas à couvrir l’ensemble de ses besoins. Deux pistes de réformes sont évoquées par Jiri Dienstbier, sénateur, membre de la Cour constitutionnelle : le changement du mode de financement des partis politiques et la question du lobbying.

Le système judiciaire tchèque n’échappe pas à la critique. 22 ans après la chute du mur de Berlin, le sentiment de supervision perdure, notamment quant au statut du procureur dont l’indépendance est perçue comme contestable.
Mais il reste également beaucoup d’efforts à accomplir pour l’évasion fiscale. Il apparaît urgent de lutter contre ceux qui abusent de leur influence pour faire de l’argent de manière discutable. Car les conséquences sur le pouvoir politique sont désastreuses. Un témoin de Transparency international va jusqu’à affirmer que les autorités ne peuvent plus jouer leur rôle. Le fonctionnement des services publics doit être dépolitisé et le financement de la vie politique plus transparent.

Enfin, l’indépendance de la presse n’est pas épargnée dans un pays où la pluralité est trop restreinte pour subir un contrôle. Cela tient au fait que les médias ne sont pas assez vigilants et peu scrupuleux sur les gens qu’ils interrogent ou sollicitent. La manière de présenter le sujet n’avait rien de fondamentalement différent de ce que nous vivons en occident. Entre l’héritage du communisme ou le délitement de nos valeurs, la différence apparaît parfois bien tenue.

En conclusion de cette journée, nous sentons bien que nos camarades tchèques sont intéressés par un rapprochement entre le PS et leur formation, le CSSD. Avec les Slovaques, ils espèrent rebondir sur une victoire politique qui leur redonnerait un rôle déterminant dans toute cette partie de l’Europe centrale.

En marge de la journée, les messagers ont rencontré Raymond Briard et les camarades de la section locale dont certains ont assisté aux travaux de la convention.
(*1) Parlez-nous de vous

crédit photo Raymond Briard

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