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Le V.I.E Senior, une nouvelle guerre des classes d’âge ? Pourquoi le V.I.E Senior n’est pas convaincant

Aujourd’hui les VIE (volontaires internationaux en entreprises) et VIA (en administration) sont âgés de 18 ans à 28 ans. En voulant élargir ce type de contrat aux seniors , l’UMP s’attaque directement au modèle et à la raison d’être du volontariat international.

L’UMP propose aux entreprises d’avoir recours à du personnel expérimenté alors même qu’un des objectifs du volontariat international est de permettre à des jeunes d’acquérir leur première expérience professionnelle à l’étranger.

Comment peut-on décemment proposer à des seniors, ayant une famille, des enfants ou parents à charge, de vivre dans les mêmes conditions que des jeunes VIA/VIE qui ont choisi de partir à l’étranger pour se forger une première expérience professionnelle ?

Quelles seraient exactement les conditions d’un VIE Senior ? Si l’UMP transpose à l’identique le dispositif VIE aux Seniors, la précarisation d’une partie des Français dits Seniors sera organisée. Le VIE est un tremplin réservé aux jeunes diplômés, mais il a aussi des inconvénients indiscutables. Certaines concessions peuvent être acceptées par les plus jeunes, ayant leur avenir professionnel devant eux, animés par l’espoir que leur première expérience à l’étranger sera valorisée sur un CV et leur permettra de décrocher rapidement un emploi à leur retour en France ; mais il serait inacceptable de proposer à des séniors le même type de contrat et des conditions salariales similaires.

Tel qu’il est organisé, le VIE est taillé pour les jeunes diplômés mais surtout pour les entreprises, qui sont dispensées du paiement de cotisations patronales, mais qui peuvent également payer des jeunes sans expérience donc à prix dégriffés en versant des indemnités relativement faibles. Les indemnités sont peu élevées eu égard aux diplômes en général des VI, mais surtout au regard de leur implication et la motivation de jeunes assoiffés d’expérience et de travail.

Mais le VIE/VIA ne permet pas aux jeunes de cotiser pour l’assurance chômage. Or, en ne cotisant pas, ils savent qu’à la fin de leur contrat, au bout de 6 à 24 mois à l’étranger, ils ne recevront aucune indemnité chômage. Ils pourront éventuellement toucher le RSA, revenu de survie, et encore selon le bon vouloir de leur conseil général. L’UMP ose prévoir d’adapter un tel système à des Seniors alors même que bon nombre de jeunes VI vivent dans l’incertitude et s’inquiètent déjà pour leur avenir professionnel et financier sachant pertinemment qu’ils ne sont qu’un VI parmi tant d’autres, remplacés par un nouveau VI dès la fin de leur contrat.

Si demain le VIE était élargi aux séniors, les entreprises ne pourraient pas proposer décemment les mêmes rémunérations que celles accordées aux jeunes, mais en plus, il paraît assez inconvenant de proposer à des Seniors « un transfert de compétences à bas coût ». Les Seniors n’ont pas plus que les jeunes vocation à brader leurs compétences coûte que coûte. Si un jeune VI bien souvent s’envole sans enfant à charge, c’est loin d’être le cas d’une grande majorité des Seniors, avec une famille, des enfants, une maison… comment prendre la décision de quitter son foyer pour un poste sous-payé qui ne permettrait pas de subvenir aux besoins de toute une famille. De plus comment s’imposer de quitter son pays pour un autre dit « sous-développé », les VIE et VIA actuels sont aussi bien affectés dans des pays dits sous-développés qu’en Allemagne ou au Luxembourg ? Comment sereinement quitter son pays tout en sachant qu’il ne s’agit d’une expatriation temporaire et relativement courte à l’échelle d’une vie (6 mois à 2 ans) ? Les Seniors de retour d’un VIE aurait certes une expérience à l’international à faire valoir, mais pour pouvoir partir, il faudrait déjà qu’ils maîtrisent une langue étrangère et disposent de compétences pertinentes pour un pays précis, et c’est là une des nombreuses limites de cette mesure, tous les séniors ne pourraient pas partir, même s’ils le souhaitaient.

Enfin, créer un VIE Senior, c’est provoquer une nouvelle guerre générationnelle de l’emploi, en favorisant le départ à l’étranger des Seniors expérimentés aux dépens de jeunes sans expérience alors même que jeunes (moins de 25 ans) et séniors (55-64 ans) sont les deux classes d’âge les plus touchées par le chômage en France. A l’échelle de quelques milliers de postes offerts à l’étranger en VI, l’impact réel sur le taux de chômage n’en serait que marginal, la création d’un VIE Senior ne constitue qu’un nouvel effet d’annonce et non une réelle mesure en faveur de l’emploi des Seniors.

En 2012, François Hollande propose un contrat de génération, modèle professionnel qui permettrait de valoriser l’expérience et les avoirs faire des seniors, de les maintenir dans l’emploi sans nuire à l’accès à l’emploi des jeunes. François Hollande propose que chaque employeur qui accepte de conserver un senior dans son entreprise jusqu’à ce qu’il accède à ses droits à la retraite à taux plein, et qui en même temps embauche un jeune, soit exempté de cotisations sociales sur ces deux emplois. Cette mesure serait financée par un redéploiement des exonérations de cotisations sociales.

Non le VIE Senior n’est pas une solution miracle pour lutter contre le chômage massif des plus âgés sur le marché de l’emploi, oui, il provoquerait une précarisation d’une partie de la population déjà durement touchée par la crise, et proposer de le généraliser semble bien indécent.

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