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Les Primaires italiennes : une analyse

A l’issue du deuxième tour des élections primaires en Italie, le candidat Pierluigi Bersani l’emporte largement avec plus de 60% des suffrages face à son adversaire Matteo Renzi qui enregistre un score assez décevant.

Dans un contexte de forte contestation populaire vis-à-vis de la classe politique italienne dans son ensemble et de la montée en puissance de mouvements populistes, les élections primaires lancées en septembre 2012 par le Parti Démocrate italien et ouvertes à une coalition de parti appartenant au centre gauche en vue de la désignation du futur candidat à la Présidence du Conseil se sont révélées un formidable moyen d’expression saisi au vol par les citoyens italiens appartenant au centre-gauche.

C’est un peu plus de 3 millions d’électeurs qui se sont rendus aux urnes lors du premier tour le 25 novembre dernier, et ce malgré le passage obligatoire par une phase de pré-inscription conduisant à une déclaration d’appartenance aux valeurs de gauche. Cette modalité de participation à des primaires est nouvelle pour la gauche italienne, qui jusqu’alors prônait une consultation ouverte à tous les citoyens sans nécessaire pré enregistrement des futurs électeurs. Cette nouvelles règle, tout comme celle qui a conduit à l’organisation de primaires dans sa forme actuelle, a été objet d’âpres négociations et de contestations entre les partis et les candidats eux-mêmes et a eu comme objectif celui de limiter et de contrôler l’accès aux urnes des électeurs appartenant à la droite, dont le principal parti est totalement en déroute après la démission de Berlusconi.

Trois des cinq candidats, Pierluigi Bersani, Matteo Renzi et Nichi Vendola ont fortement mobilisés autour de leur personnalité, de leurs idées et de leur approche plus ou moins radicale vis à vis du système politique actuel en Italie. Leurs différences se sont exprimées tant par la forme que le fond ; les nouveaux moyens de communication utilisés et la forte capacité à mobiliser l’attention médiatique se sont en effet montrés déterminants dans une campagne électorale en rupture avec les précédentes primaires italiennes jusqu’alors alignées sur un candidat leader et un programme consensuel.

Le résultat du premier tour mettent face à face les deux candidats du Parti Démocrate Pierluigi Bersani totalisant 45,3 % des votes et Matteo Renzi 34,9%, marquant la rupture idéologique entre deux camps du Parti démocrate, fusion en 2007 d’un parti plus à gauche héritier d’une tradition post communiste « Democrati di Sinistra » et d’un parti plus au centre « La Margherita ».

Matteo Renzi, jeune maire de Florence âgé de 37 ans, ne cache pas une ambition personnelle décomplexée et affirmée par une idée simple, celle de rénover la classe politique italienne en « mettant à la casse », selon ses propres termes traduits en français, les personnes et les idées expression de la nomenclature politique italienne de gauche comme de droite qui selon lui a contribué à la ruine du pays. C’est une opinion largement diffusée s’affirmant sur la vague de l’ « anti-politique » déferlant de manière transversale sur la société italienne actuelle, fatiguée des scandales et des malversations politiques de ces dernières années.

Cependant, dans un contexte de crise actuelle, Piergluigi Bersani, Secrétaire national du Parti Démocrate et homme politique d’expérience, se présente comme le candidat le mieux armé et le plus préparé, quitte à déplaire à ceux séduits par la nouveauté et la capacité communicative de Matteo Renzi. Son ancrage, plus à gauche, est empreinte d’une tradition social-démocrate par rapport au candidat Matteo Renzi, se refusant à tout effet d’annonce et de slogan sur des thèmes aussi délicats que l’école, le travail ou la politique industrielle du pays.

Matteo Renzi incarne un versant plus libéral et plus réformiste de la gauche italienne, n’hésitant pas à appeler les électeurs de droite à venir voter à l’occasion des primaires. Ce courant jusqu’alors minoritaire au sein du Parti démocrate ne s’était pas encore réellement confronté de manière si radicale avec l’aile gauche du parti sur les programmes et les idées. Son résultat actuel donne à ce courant de pensée une force nouvelle et inespérée ; Pierluigi Bersani, fort de son incontestable succès et de ses qualités de rassembleur, se devra en premier lieu d’unir les deux camps au plus vite en vue des élections nationales prévues pour mars 2013.

Gaëlle Barré – Florence

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