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Analyse – Colombie : du processus au consensus

La guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement colombien se sont retrouvés à Oslo le 18 Octobre dernier (photo, Iván Márquez –barbe- conduit la délégation des FARC) pour lancer officiellement un nouveau processus de paix. Après plus de 50 ans de conflit armé et une quatrième tentative d’accords de paix, les colombiens appuient à 66,35% (Datexco, septembre 2012) ce nouveau processus mais seulement 45% pensent qu’il aboutira à la fin du conflit.

L’agenda central des négociations entre le gouvernement et les FARC porte sur cinq points clefs :

– Le développement rural. C’est sans aucun doute une des revendications historiques des FARC dans un pays qui n’a pas connu de réforme agraire et où il y a encore une très forte concentration de la propriété terrienne. 52% des grandes propriétés appartiennent à 1,15% de la population colombienne (PNUD, 2011).
– La participation politique. Malgré une opinion publique en grande majorité défavorable à une intégration des FARC dans la vie politique, la récente élection de Gustavo Petro, ancien membre de la guérilla du M-19, à la mairie de Bogota laisse présager une évolution des mentalités.
– Fin du conflit. C’est la première fois que le gouvernement et les FARC se proposent comme objectif explicite la fin des hostilités.
– Narcotrafic / drogue. L’agenda évoque une solution à ce problème qui pour beaucoup reste le moteur du conflit. Cependant les FARC ne veulent pas reconnaitre que le trafic de drogue constitue une source de financement de leur lutte.
– Victime. Il faudra lever le voile sur les milliers d’homicides, de kidnapping et les centaines de massacres et d’attentats commis par les FARC.

Les négociations se déroulent en 3 phases. La première phase a eu lieu entre février et août 2012. La seconde s’est terminée à Oslo en octobre dernier et la troisième phase a commencé en novembre à la Havane. Cette dernière doit aboutir à un accord sur les cinq points mentionnés préalablement. Ces négociations sont ininterrompues et, contrairement aux précédentes, elles ne sont pas publiques. Cependant des mécanismes sont mis en place périodiquement pour informer la population.

Le gouvernement prévoit que ces négociations durent un an car il ne souhaite pas qu’elles se superposent à la campagne présidentielle de 2014. Les expériences passées ont démontré les effets néfastes d’une politisation du processus de paix. Au vu des premières déclarations des FARC, il est fort possible que ce processus se prolonge dans la durée. Il faut également prendre en compte qu’il se déroule au milieu des hostilités, un cessez-le-feu n’ayant pas été accordé par le gouvernement colombien.

Deux pays, Cuba et la Norvège, jouent un rôle fondamental dans la médiation. Cuba constitue un garant pour les FARC de par les affinités du gouvernement castriste avec la lutte mené par cette guérilla. Tandis que la Norvège dispose d’une tradition incontestable en matière de médiation. Le Venezuela et le Chili ont également un rôle prépondérant en qualité d’accompagnateurs. Le président Chavez renforce ainsi son statut de leader dans la région. Le gouvernement de centre droit du président chilien Piñera est quant à lui plus proche du gouvernement colombien.

Une des grandes absentes reste la société civile qui n’a pas été conviée à la table des négociations. Des mécanismes de participation indirecte ont été mis en place pour recevoir les propositions de cette dernière sous l’égide des Nations Unies.

Selon le gouvernement colombien, les FARC disposeraient toujours de 9000 membres. La réintégration de ces hommes et ces femmes reste donc un enjeu majeur du processus de paix. Dans le cas contraire, ils pourraient rejoindre le chemin de nombreux paramilitaires qui n’ont pu être réintégrés dans la société, bien qu’un processus de démobilisation en 2005 ait accompagné la politique nationale de réinsertion. Cette politique s’est avérée insuffisamment efficace pour autant d’ex-combattants (31689 selon la Commission nationale de réparation, 2010). Ils continuent donc de commettre des crimes au sein de petits groupes illégaux, communément appelés bandes criminelles (Aguilas Negras, Rastrojos, Paisas, Urabeños), qui se dédient au contrôle du territoire, principalement les domaines de la production, la transformation et la commercialisation de la coca. Ils tirent également profit de l’extorsion de fonds et du contrôle social dans les zones urbaines, ils éliminent toute personne qui selon eux sont responsables des malaises dans la société (prostituées, homosexuels, drogués, voleurs, etc.). L’autre guérilla colombienne, l’Armée de libération nationale (Ejercito de Liberación Nacional –ELN-), pourrait également accueillir des combattants des FARC non satisfaits du processus de paix, si une place ne lui est pas rapidement accordée au sein de ces négociations.

A l’heure où la France souhaite redonner un nouveau souffle à ses relations diplomatiques avec l’Amérique Latine et en particulier avec la Colombie, il est hautement probable / souhaitable qu’elle soutienne largement le processus de paix. Les relations houleuses entre les précédents gouvernements français et colombiens, entachées notamment par l’affaire Ingrid Betancourt, semblent appartenir au passé. Lors de sa visite officielle en Colombie du 23 au 25 février, Laurent Fabius n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que la France appuie le projet du Musée de la Mémoire. Il s’agit là d’un défi de taille, dans un pays profondément divisé et toujours en proie aux violences. Quoi qu’il en soit, Il n’y aura pas de processus qui arrive à terme sans un large consensus.

Antoine Lissorgues, Bogota

L’Observatoire international des militants relève de la Fédération des Français à l’étranger du Parti socialiste. Il œuvre à valoriser les témoignages, analyses et propositions des militant(e)s de la FFE sur les sujets relevant de l’étranger, de la mondialisation et de la globalisation.

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