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Analyse : Fethullah Gülen et sa Cemaat

Une organisation islamiste universelle ou turque?

Le nom de Fethullah Gülen apparaît en Turquie, en Asie Centrale, en Afrique, pour des écoles, des organisations de « dialogue interculturel », mais aussi dans le domaine des affaires. Les informations à ce sujet sont diffuses ; derrière ce que Gülen appelle Hizmet (« service »), certains supposent une organisation tentaculaire, globale, que les Turcs appellent Cemaat (de l’arabe djemaat, « communauté »).

En résumé, Fethullah Gülen (photo), né en 1941 près d’Erzurum, élevé comme imam, s’est inspiré d’un leader de confrérie prônant un islam moderniste, Said Nursî, qu’il a prolongé en lançant un réseau d’écoles combinant un enseignement résolument moderne et une certaine idéologie religieuse traditionnelle. Parallèlement, ancien membre d’une organisation anti-communiste, Gülen a soutenu le développement d’un groupe bancaire (Bank Asya), tourné initialement vers l’Asie centrale, mais largement diversifié. Il a également contribué au développement d’un groupe de presse, Feza (« espace »), qui publie entre autres le quotidien à turc à grand tirage Zaman et contrôle plusieurs chaînes de télévision en plusieurs langues, diffusant des entretiens de Gülen. Populaire en Turquie, mais menacé par certains milieux défenseurs de la laïcité, il s’est installé aux Etats-Unis d’Amérique en 1999, où il a accéléré le développement d’activités inspirées de sa pensée. La pensée de Gülen est enseignée dans trois universités : Louvain, Houston et Melbourne.

Qu’est-ce que l’organisation de Fethullah Gülen ? Apparemment, une organisation d’origine turque, inspirée des confréries musulmanes soufies, qui continuent de jouer un rôle capital dans la vie politique turque (et dans les pays musulmans du Caucase). Il n’y a toutefois pas de structure pyramidale, comme on l’imaginerait pour une Eglise, ou pour une organisation comme l’Opus Dei ou la franc-maçonnerie ; pas non plus d’information sur les conditions de recrutement. Les activités des partisans de Gülen (appelés en turc Fethullahcı) apparaissent plutôt dans la référence qui se fait à la pensée de l’inspirateur (éventuellement plus comme un Rotary). C’est une organisation flottante, un réseau basé sur des relations personnelles, très diversifiées, décentralisées, s’adaptant aux circonstances et législations locales, se présentant comme un service volontaire.

Les partisans du « mouvement Gülen » appliquent dans le monde entier des méthodes américaines, en matière d’éducation, d’affaires, d’information et d’activités sociales et caritatives. Le mouvement est strictement légaliste, et condamne la violence et la terreur, promeut la démocratie, respecte une certaine laïcité – dans la mesure où la laïcité occidentale permet le respect des traditions musulmanes (notamment sur le rôle des femmes). Il ne prétend pas se substituer aux partis politiques ni leur dicter des orientations ; certaines de ses organisations prennent fréquemment l’initiative de conférences ou « visites » (voyage en Turquie) destinées aux milieux politiques. En Turquie, les relations entre le mouvement et le gouvernement au pouvoir manquent de clarté ; certains Turcs disent que cela tient à l’habitude de garder une discrétion sur le rôle des confréries. En réduisant la culture à la religion et le dialogue interreligieux à une alliance des religions contre l’athéisme et l’agnosticisme, le mouvement s’inscrit bien dans le moule américain, où la religion est quasiment le seul lien rattachant à l’origine des parents.
Le réseau d’écoles, initié en Turquie dans les années 1970, développé en Asie centrale dans les années 1991 sous l’œil au moins bienveillant de la CIA, solidement implanté aux Etats-Unis (charter schools), s’est répandu dans environ 130 pays, représentant environ 1000 écoles et universités. En défendant une image moderne de l’Islam et promouvant une éducation à l’américaine, les écoles du réseau attirent les milieux dirigeants dans de nombreux pays en développement tant dans les pays des Balkans, qu’en Afrique, en Asie centrale ou Asie du sud-est, soucieux d’élever leurs enfants dans le respect des traditions religieuses (musulmanes) tout en s’éveillant aux développements récents. Les écoles sont souvent sponsorisées par des industriels ou financiers, qui peuvent procurer des emplois aux meilleurs élèves.

Parallèlement, ont essaimé des organisations sociales : organisations féminines (du type « Tupperware »), caritatives, culturelles (promotion du dialogue interculturel cf. Fondation des journalistes et écrivains), d’affaires, etc. Certaines de ces organisations sont chapeautées par des « fédérations » au niveau national (USA) ou européen (voir UNITEE) et appuyées par des organismes turcs dans des domaines comme les affaires (TUSKON).

Dans les pays où il existe une forte présence d’émigrés turcs (Allemagne, Belgique, Pays-Bas et certaines régions de France), les écoles du réseau servent à huiler l’intégration tout en assurant la préservation de la culture nationale (la langue turque) et des traditions socioreligieuses. Dans les pays où la présence turque est plus limitée, ces organisations donnent un appui aux immigrants (cf. Australie), ou aux industriels qui souhaitent faire des affaires (cf. Ethiopie) : elles semblent alors plutôt se comporter comme des lobbys turcs.

À l’exception du Kurdistan irakien, le réseau de Gülen ne s’est pas développé dans les pays arabes et n’est pas présent en Iran. Dans une certaine mesure, son origine, ses orientations trop « turques », en dépit de la politique suivie par Erdoğan depuis 2002 (qui prône que les liens religieux sont plus forts que la culture ou l’appartenance ethnique), l’empêchent de se présenter comme un mouvement islamiste à vocation globale, universelle. Gülen peut paraître, notamment aux Etats-Unis, une organisation modérée, raisonnable face aux salafistes, démocrate et libérale. Très présent au Kurdistan irakien, le mouvement a développé ses écoles dans le sud-est de la Turquie et, selon ses membres, contribué ainsi à réduire la tentation de la guérilla et à encourager un dialogue pour arriver à une solution de la question kurde.

En Turquie, certains auteurs kémalistes avancent qu’il y a un risque de takiyya (agenda caché) qui conduirait, après une prise de pouvoir, à un retour à la charia. Ne s’agit-il pas plutôt d’une organisation comparable à celles des Chrétiens démocrates, un Opus Dei à la musulmane ? Gülen partage avec Erdoğan l’avis que la laïcité intransigeante des kémalistes est une limite contraignante à la liberté religieuse.

Alain Servantie, Bruxelles

7 commentaires

  1. par kafirpride - 15 avril 2013 à 22 h 05 min

    FG partage avec les orthodoxes islamiques le même objectif tel qu’il découle des textes fondamentaux à savoir l’islamisation du monde entier. Ils n’en diffèrent que sur la stratégie à mettre en pratique. Pour les uns jihad et gloire militaire façon Bin Laden, pour les autres utilisation intensive des armes fournies complaisamment par la démocratie (liberté d’expression, droits de l’homme etc…)jusqu’à la victoire totale sans que l’ennemi (entendre les non-croyants du Dar al Harp) ne se rende compte qu’on lui fait la guerre.
    FG n’est modéré que dans son discours mais entre lui et les jihadistes « pur jus » il est fondamental de se poser la question de savoir qui est le plus dangereux…Ce n’est pas forcément celui qu’on croit!
    Qu’il soit estampillé « modéré » par les américains devrait susciter pas mal d’interrogations. N’est-ce pas lui qui leur a ouvert les portes de l’Asie Centrale et de leurs robinets d’or noir et maintenant se retrouve à la tête d’une fortune et d’un réseau tentaculaire d’écoles dans le monde entier et même en France, ainsi que d’un trésor de guerre que certains estiment à 20/25 milliards de dollars!

    • par Vin - 23 décembre 2014 à 15 h 32 min

      Fethullah Gulen est un musulmane moderne qui est contre l’islamisme des radicaux et des terroristes quoi que ce soit sa forme. Il aime Israel et son peuple, il aime les chrétiens autant qu’il aime les musulmanes. Il est pour dialogue. Vous confondez vraiment. Ou encore vous ne connaissez rien sur lui. alors dans ce cas mieux se taire que dire n’importe quoi sur les personnes que vous ignorez.

  2. par stéphane - 19 avril 2013 à 11 h 16 min

    Monsieur Fethullah Gulen est intellectuel, un humaniste qui œuvre pour le bien de l’humanité. Il travaille pour un monde meilleur, dans ses écoles, des enfants de nationalités différents viennent étudier, réduisant ainsi les fossés entre les nations, les croyances, les ethnies. Si vous regardez le mouvement Gulen comme une entité uniquement musulmane, avec des visés politiques, vous ferez du hors sujet, comme kafirpride, qui crie au loup à la moindre vue d’un musulman. C’est un mouvement universel, sans limitation de frontière, de langue, de croyance, avec des bénévoles qui travaillent avec acharnement et humilité, un exemple pour le monde occidentale où tout est basé sur la compétition, et la destruction de l’autre. Un des exemples le plus frappant étant que le mouvement donne des bourses même à des étudiants de croyance chrétienne. C’est un mouvement qui travaille pour la cohabitation des peuples dans un monde globalisé.

    C’est un mouvement totalement indépendant de quelconque état entre autre des USA, et loin des théories des complots les plus obscures. Le fait de mettre dans la même phrase le nom de cette honorable intellectuel Fethullah Gulen qui œuvre pour l’humanité toute entière, à côté des terroristes dont on ne connait ni la source ni la cible me choque profondément. Par ailleurs, Fethullah Gulen a été élu en 2008, intellectuel public n°1 par Foreign Policy, ceci montre bien à quel point le monde entier lui est reconnaissant pour tout ce qu’il a fait, et continue de faire…

    A bon entendeur.

    • par federation - 22 avril 2013 à 13 h 25 min

      Il n’est fait nulle part un amalgame entre F. Gülen et les « terroristes islamistes »; au contraire, il est bien dit qu’il les réprouve constamment. Certains opposants turcs craignent que l’évolution que prennent les associations du mouvement ne montre un certain aspect missionnaire, de prosélytisme, qui pourrait ne pas être différent de l’Opus dei ou d’associations caritatives protestantes. Ce qui manque à ce mouvement, c’est une transparence. Il s’agit d’une myriade d’organismes locaux, se référant à une pensée, pensée que Gülen même présente comme un Islam modéré, tolérant, prenant le meilleur du Coran pour des sociétés démocratiques et « progressistes » (autant que peuvent l’être des mouvements d’inspiration religieuse). Sur le plan économique, Gülen encourage plutôt le capitalisme traditionnel à l’américaine, où la compétition existe bien.
      La question posée est: est-ce que la prolifération des organisations de la communauté Gülen prend bien en milieu musulman (Afrique sub-saharienne, Asie centrale, pays d’émigration) parce qu’elle répond à un souci de préserver des valeurs religieuses dans un milieu relativement ouvert, en offrant une série de services allant bien au-delà de la religion? La conclusion pourrait être: en pays laïc (et les USA n’ont pas de religion d’Etat), il n’y a rien à dire; nous pouvons demander une transparence. Mais les socialistes ont-ils une alternative?

    • par kafirpride - 26 avril 2013 à 13 h 17 min

      L’humanisme de FG est remarquable en effet. Juste un exemple, entre autres: il prône la mise à mort des apostats de l’islam, mais comme beaucoup des idiots utiles à l’islam, vous n’y croyez pas, tant pis pour vous.
      Non, vous êtes vous à côté de la plaque. Sous une peau d’agneau, l’expert en taqiya qu’est FG n’est rien qu’un jihadiste, soft peut-être, mais un jihadiste qui aspire à l’islamisation du monde entier.
      Quant à la médaille en chocolat qu’on lui a attribué, on pourrait en rire si le sujet n’était pas aussi grave. Arafat a bien eu le Nobel de la Paix, défense de rire…
      Votre argumentation ou plutôt vos affirmations non étayées, montrent bien deux choses: soit vous ne connaissez rien sur la réalité du mouvement, soit vous en êtes un adepte, un fethullacı, comme on dit en Turquie, qui essayez de nous faire prendre les vessies islamiques pour des lanternes républicaines.
      FG se distingue des jihadistes façon BL uniquement par la stratégie, il a compris lui que les armes fournies par la démocratie sont plus efficaces que la terreur pour arriver à conquérir le monde. Je maintiens qu’entre BL et FG, qui partagent les mêmes objectifs, le plus dangereux est bien FG.
      Quant à accorder un quelconque crédit à ses propos lénifiants, c’est à peu près aussi pertinent que d’avoir cru en 1938 à ceux d’Hitler quand il disait qu’il ne voulait pas la guerre.
      Vous ne le savez sans doute pas mais il est licite à un musulman de mentir à un kafir…

    • par Kemal - 16 octobre 2013 à 21 h 52 min

      C’est à cause des gens comme vous qui ont un esprit fragile et un cerveau ramoli que des gens comme FETOS deviennent intellectuel!! Le mouvement FG est une secte qui endoctrinnent ses fidèles selon les RISALE I NUR. Ils vous disent que vous comprendrez le coran uniquement si vous passez par le R-Nur. L’ecrivain de ce livre est Said nursi un urluberlu qui pretend que ses ecrits viennent de Dieu. Le mouvement vous prend un pourcentage sur votre salaire.. Les écoles de FG sont payantes, 6000 euros l’année en France, tous les mois vous devez verser une contribution au mouvement, en plus des journaux 5ex: ZAMAN) auquels vous devez vous abonner, les réunions interminables que vous devez participer, si votre femme n’est pas voilé les hommes du mouvement ne vous considèrent pas, et j’en passe et j’en passe. Je suis bien placé pour vous le dire, je suis d’origine turc et des proches de ma famille font partie de ce mouvement

  3. par assirou aboudou djelilou - 27 février 2014 à 19 h 29 min

    salut chers messieurs et merci pour tout le travail que vous faite de part le monde,à savoir faire comprendre l’islam au monde entier.je suis togolais,en relation avec certains de vos frères turcs,par qui nous arrivons,moi et certain de mes amis,à nous procurer certains des oeuvres du professeur gullen.merci encore.qu’allah le tout puissant vous aide davantage et fasse à ce que l’islam soit davantage compris si bien qu’en occident qu’en afrique.salam anleykoum

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