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Analyse : Les midterm elections du 13 mai 2013 aux Philippines

Les midterm elections qui vont se tenir le 13 mai désigneront des parlementaires (sénateurs et députés), les gouverneurs régionaux – dont celui de la région autonome de Mindanao – et des élus locaux (maires et conseillers municipaux). Les Philippins voient ces scrutins comme un avatar de la pulitika, connotée négativement pour le moins, car la politique dans l’archipel a mauvaise presse. La corruption, l’incapacité à réformer une société inégalitaire détournent les électeurs de ce qu’ils considèrent comme une activité prédatrice. Les élections, dans leur ensemble, sont plutôt un moyen de légitimer une ploutocratie qui se sert de l’appareil d’Etat pour se maintenir au pouvoir. La démocratie philippine laissée en héritage par les Américains a toujours été vécue depuis 1946 comme un produit d’importation, inadapté à une société organisée autour de la famille et des grandes familles. Les Philippins n’attendent rien de la classe politique et seraient donc plutôt dans une attitude de défiance à son égard – favorisant l’émergence d’une société civile active. La vie politique a été ponctuée depuis la fin de la dictature (1986) par des mouvements populaires, les People Power, qui font peser sur les administrations présidentielles la menace de la rue. Ceci étant, au-delà du caractère divertissant des campagnes électorales, conçues comme telles d’ailleurs, les élections du 13 mai permettent de faire le point sur l’état du débat politique dans l’archipel.

1. Le sens de ces élections

Au palais présidentiel de Malacanang, les midterm elections seront appréciées comme un test de popularité du président Benigno Aquino. De manière assez surprenante, ce dernier n’a pas mené la politique conservatrice, ultra libérale, que l’on pouvait attendre d’un représentant de la classe dominante auquel il appartient. Depuis 2010, Aquino s’est révélé pragmatique dans la gestion des dossiers politiques. Le président a acquis une grande popularité, par exemple, en s’assurant du bon fonctionnement des techniques de prévention des catastrophes naturelles (typhons), en autorisant la destitution de Renato Corona président de la cour suprême pour corruption ou encore en adoptant une attitude ferme face aux Chinois en mer de Chine du Sud.

Jejomar Binay, vice-président, attend le moindre faux-pas du président pour prendre sa place, par tous les moyens. Pour tenir à distance l’ « opposition » qu’il représente et que l’on qualifierait en Occident de droite ultra populiste, dans la lignée de Joseph Estrada le président déchu pour corruption, Aquino a besoin de recomposer en permanence sinon une majorité tout au moins un rapport de force à son avantage, cette fois-ci autour de Team Pnoy* , coalition très souple.

2. Les débats

Puisque les partis politiques ne comptent pas et sont tout au plus des « machines électorales » dans le sens américain du terme, leur programme politique importe peu. La question implicite posée par les scrutins à l’échelle nationale pourrait donc être : êtes-vous d’accord avec le président ? Elle porte plus sur les réformes qui ont été menées que sur celles qui sont à venir. Le principal débat parlementaire qui a agité l’archipel pendant la première moitié du mandat présidentiel fut celui du Reproductive Health Act de 2012, en fait la mise en place d’une politique de contrôle des naissances à laquelle l’Eglise catholique s’est farouchement opposée. Grâce à un travail au corps de chaque parlementaire, l’équipe d’Aquino a réussi à faire passer cette mesure (qui, soit dit en passant, est déjà une réalité au sein de la population). Si les électeurs philippins signent ce blanc-seing pour la deuxième partie du mandat présidentielle, Aquino continuera à coup sûr la politique pragmatique qu’il a entreprise sans que l’on connaisse son contenu. Un débat a été récemment lancé sur les moyens législatifs à mettre en œuvre pour interdire les dynasties familiales en politique, par exemple. On voit mal comment cet objectif, même s’il était atteint, ne subirait pas le même sort que celui des réformes constitutionnelles de 1987 à savoir qu’elles seraient, d’une manière ou d’une autre, détournées. Mais Aquino est toutefois capable de porter une réforme structurelle de ce type. Avant son élection de juin 2010, le futur président déclarait qu’il s’attaquerait aux racines de la corruption, ce qui laissait sceptique. Et pourtant, l’administration d’Aquino est celle qui est allée le plus loin dans ce registre depuis 1946.

3. Continuité et changement de la campagne

Depuis l’indépendance, les campagnes électorales ont toujours été marquées par la violence. La commission électorale (COMELEC) a tenté de pacifier celle de 2013 en instituant de nouvelles règles comme l’interdiction des armes à feu. Des incidents comme ceux de Lanao Del Norte du 25 avril 2013 (13 morts) rappellent qu’il est difficile d’éradiquer la violence entre clans opposés. Le nombre de victimes est de 62 depuis le début de l’année.

L’utilisation des réseaux sociaux est la principale innovation de la campagne. Les Philippins ont toujours été pionniers en matière d’utilisation des nouvelles technologies de communication dans l’espace public (comme par exemple l’usage des textes sur téléphones portables lors de la mobilisation du People Power II en janvier 2001) ; l’administration et « l’opposition » se livrent à une guerre sans merci sur Internet en général et sur les réseaux sociaux en particulier, avec par exemple la pratique du « droning », autrement dit manipuler l’information pour faire changer l’opinion – quitte à divulguer de fausses informations. Internet est devenu depuis 2013 le média dominant en politique.

William Guéraiche, Dubaï

* Jeu de mot très philippin. « Pinoy » veut dire « philippin » et Aquino est appelé « Noynoy ». Team Pnoy (prononcé pinoy) met aussi en exergue la fibre nationaliste du président.

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