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Répression au Xinjiang

25 et 26 avril 2013 : Pendant que François Hollande négocie, entouré de quelques ministres, des contrats bénéfiques aux échanges entre économies française et chinoise, des affrontements sanglants ont lieu au Xinjiang, où la population autochtone ouïgoure connait une répression impitoyable et arbitraire de la part de forces de l’ordre majoritairement han. Symétriquement, la communauté ouïgoure se radicalise, ce qui l’amène à durcir son combat, soit sous une forme nationaliste, en attaquant notamment des civils innocents de l’ethnie han, soit sous une forme islamiste et terroriste. Les deux ethnies se haïssent éminemment et composent chacune 45 % de la population de la province. Il suffirait de peu de choses pour que le Xinjiang s’embrase à nouveau, comme cela s’est régulièrement produit depuis l’annexion chinoise de la province en 1758, par l’empereur Qian Long.

François Hollande a bien évoqué la question des droits humains lors de son déplacement à Pékin. Mais aucun grand média télévisé français n’a évoqué les troubles qui se déroulent actuellement au Xinjiang. De leur côté, les autorités chinoises s’emploient à étouffer systématiquement les informations en provenance de la province rebelle.

Selon le site internet de presse Tianshan, contrôlé par les autorités du Xinjiang, des affrontements armés ont éclaté lors d’une opération policière de recherche d’armes blanches dans la préfecture de Kachgar, une zone déjà en proie à des troubles par le passé. Tianshan a assuré que, lors de ces investigations, les violences avaient émané d’un groupe préparant des « actes terroristes ». Mais il n’était pas possible de vérifier ces affirmations de façon indépendante. « En tout 21 personnes ont trouvé la mort. D’abord 15 ont été tuées, parmi lesquelles des policiers et des agents municipaux, puis, durant les affrontements, six agresseurs ont été tués par balle », a déclaré à l’AFP M. Cao, un responsable du district de Bartchouk (Batchou), situé à l’est de la ville méridionale de Kachgar. « On dénombre parmi les victimes six policiers et tous les membres du gang tués par balles sont des Ouigours » a de son côté indiqué à l’AFP Mme Hou Hanmin, chef du bureau d’information du gouvernement du Xinjiang. Selon les autorités chinoises, 10 des 15 premiers tués étaient des Ouigours. Interrogé sur le fait de savoir si les six autres tués étaient aussi des Ouigours, M. Cao a dans un premier temps répondu oui, avant d’ajouter : « Cela n’a pas d’importance, ce sont des agresseurs violents ». La police a procédé à huit arrestations, a-t-il enfin indiqué. A Pékin le ministère des Affaires étrangères a, par la voix de son porte-parole, dénoncé mercredi des « éléments terroristes » perturbant le contexte favorable qui prévaudrait au Xinjiang. « La situation actuelle dans le Xinjiang est globalement bonne », a commenté Mme Hua Chunying. « mais il s’y trouve quelques éléments terroristes qui font tout leur possible pour faire dérailler la voie de la stabilité et de développement adoptée par le Xinjiang ».

De nombreux Ouigours, qui sont près de neuf millions au Xinjiang, dénoncent la répression culturelle et religieuse à leur encontre ainsi que l’immigration massive de Han qui maîtrisent le développement économique de cette région encore pauvre mais possédant d’abondantes ressources naturelles. Des violences avaient ainsi déjà fait 20 morts en février 2012 dans la région de Kachgar. Cette même région avait aussi connu des troubles fin juillet et début août 2011, à la suite desquels Pékin avait envoyé une brigade d’élite de la police antiterroriste. Les attaques officiellement attribuées à des Ouigours et les ripostes de la police avaient fait plus de 20 morts. Des violences bien plus meurtrières avaient éclaté au Xinjiang en juillet 2009. Près de 200 personnes avaient été tuées et plus de 1 600 personnes blessées (Han et Ouigours confondus) à Urumqi, capitale de la région autonome.

Par ailleurs, événement passé inaperçu en France, Rebiya Kadeer, la porte-parole de la communauté ouïgoure en exil (la « dalaï-lama » des Ouigours) était de passage en avril dernier à Paris et a prononcé à la Bastille un discours devant ses partisans, dans lequel elle a dénoncé la répression chinoise dans sa région natale. Dans un entretien accordé au journal le Monde, elle a condamné la « répression brutale des autorités chinoises au Turkestan oriental », dénomination utilisée par les Ouïgours pour la région chinoise du Xinjiang, proche de l’Asie centrale. Pour Mme Kadeer, « de tels incidents se produisent chaque semaine et sont dus aux méthodes brutales de la police. […] C’est le résultat de la politique chinoise, elle crée de la haine au sein du peuple ouïgour, la Chine devrait créer un environnement pacifique », a-t-elle affirmé. Selon elle, Les forces de police au Xinjiang ont « reçu l’ordre de tirer à vue sans avertissement ». La chef de file de la dissidence ouïgoure, qui a passé six ans en prison (1999-2005) après avoir été accusée d’avoir dévoilé des secrets d’Etat, a appelé François Hollande, à l’occasion de sa visite d’Etat en Chine, à faire pression sur Pékin en faveur des droits humains et des minorités en Chine. « M. Hollande doit aborder le sujet pour trouver une solution et faire cesser ce bain de sang », a-t-elle dit. Entrepreneur de formation, Mme Kadeer reste pourtant favorable à l’accroissement des investissements économiques étrangers en Chine, notamment au Xinjiang, à partir du moment où les Ouigours pourraient en retirer certains bénéfices qui les aideraient à vaincre la spirale du sous-développement, des frustrations et de la violence.

David Gaüzère

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