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Témoignage : le réseau culturel extérieur à l’heure de l’évaluation

En 2010, la réforme de l’action culturelle extérieure de la France a entraîné la création d’un nouvel opérateur, l’Institut français, établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), qui s’est substitué à l’association Cultures-france et s’est vu transférer des missions auparavant assumées directement par le Ministère des affaires étrangères. Dans chacun des 94 pays où existaient des Instituts ou des Centres culturels français, la fusion de ces structures entre elles et avec les services de coopération et d’action culturelle (SCAC) des ambassades a abouti à la création d’autant d’« Instituts français de » + le nom du pays.

Les Alliances françaises, en règle générale des structures relevant du droit privé des pays dans lesquelles elles exercent, participent également du rayonnement culturel français, ce depuis 1883. La Fondation Alliance française, qui incarne le réseau des alliances, et l’Institut français sont d’ailleurs liés par une convention qui vise à l’établissement d’un réseau culturel unique. Ce réseau compte aujourd’hui dans le monde 101 instituts français, plus de 125 annexes et plus de 900 alliances. Il est « le premier réseau culturel au monde présent dans 161 pays » (Institut français).

Dans les faits, cependant, la réforme de l’action culturelle extérieure et du réseau afférent a fait (re)naître une rivalité musclée entre opérateurs, rivalité qui semble tourner au désavantage des Alliances françaises si l’on se penche sur l’esprit de terrain et les comportements de l’Institut français dans le monde. Ce qui aurait pu être une « belle histoire d’amour » tourne plutôt au « je t’aime, moi non plus » !!!

La faiblesse relative de la Fondation Alliance française est d’abord le fruit d’une surface financière bien inférieure à celle de l’Institut français et à sa dépendance structurelle aux moyens du même, qui finance quelque 330 postes de directeurs d’alliances. Elle est donc contrainte à faire « profil bas » lors des négociations. Même si le secrétaire général de la Fondation Alliance française, Jean-Claude Jacq, souhaite manifestement jouer la carte de l’apaisement, la tentation hégémonique de l’Institut français, qui se présente comme LE promoteur de la langue et de la culture françaises à l’étranger, est patente.

Ainsi, l’Institut français alloue depuis 2 ans des subventions à l’issue de procédures d’appels d’offres ou d’appels à propositions auxquels il peut lui-même candidater, devenant ainsi juge et partie. Bien que plus anecdotique, comment qualifier l’attitude de l’Institut Français lors de son récent colloque de Nantes, qui reprogramme en dernière minute et au jour suivant l’intervention du secrétaire général de la Fondation Alliance française ?

Cette hégémonie est également perceptible dans la gestion des ressources humaines. Schématiquement, au sein du réseau culturel extérieur se côtoient des diplomates, d’une part, et des coopérants culturels principalement issus de l’éducation nationale ou de l’enseignement supérieur, d’autre part. Aux Instituts français la diplomatie culturelle et les personnels titulaires des Affaires étrangères, aux Alliances françaises la coopération culturelle et les personnels (dirigeants) détachés.

Une note de la Fondation Jean Jaurès sur l’action culturelle extérieure de la France, identifiait déjà « le sentiment que les personnels contractuels hors ministère des Affaires étrangères et européennes sont traités comme ressources jetables et des variables d’ajustement », ou encore alertait que les mêmes « ne doivent leur salut qu’à une forme de vassalisation, dans l’espoir souvent illusoire de construire une carrière, ou de ne pas réintégrer les rang [des administrations dont ils sont issus], avec un avancement mis entre parenthèses pendant leur expatriation » . La Fédération des Français à l’étranger du PS rappelait quant à elle, dans son projet de 2012 « La France tout au long de la vie », que « les suppressions d’effectifs de fonctionnaires au sein du MAEE touchent en particulier les personnels détachés des autres ministères, en particulier de l’éducation nationale, qui animent largement le réseau culturel extérieur ». A cette aune, les propositions telles que celle de Claudine Lepage , sénatrice des Français à l’étranger, d’instituer un « droit de regard de l’Institut Français sur la nomination et la carrière des personnels du réseau », loin de permettre « une meilleure harmonie dans la gestion des ressources humaines », risquent de dégrader encore la situation des alliances et de leurs personnels expatriés.

Ce conflit latent entre Institut Français et alliances françaises est d’autant plus regrettable que le réseau culturel extérieur est confronté à de sérieux défis, à commencer par celui de la définition de sa feuille de route. Dans ce contexte, la Fondation Jean Jaurès recommande d’ailleurs d’encourager « l’Institut français à adapter ses relations avec les alliances françaises au cas par cas, pour éviter la tentation d’une compétition entre opérateurs français. Il n’est pas absurde de penser que l’Institut, dans certains pays où les alliances ont un statut d’opérateur de diffusion culturelle bien établi, ne fasse pas d’actions de diffusion en propre et se concentre sur le support ».

A l’heure où l’expérimentation du rattachement à l’Institut Français de douze postes culturels fait l’objet d’une évaluation à mi-parcours, les conditions et modalités d’une coopération sincère et efficace entre l’Institut et les Alliances gagneraient à être largement débattues.

Patrick Cervi, Ex-Wuhan

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