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Témoignage : Note sur la situation au Togo

Le Togo a été frappé en ce début d’année d’une série d’incendies, en particulier ceux des marchés de Kara et de Lomé en janvier, qui ont eu un fort impact sur l’opinion publique togolaise. Dans le cadre des enquêtes diligentées par les autorités, qui privilégient la piste criminelle, une vingtaine de personnes ont été interpellées, dont des opposants politiques au président Faure Gnassingbé Eyadema (photo) et à son parti, le Rassemblement du peuple togolais. Ce sont en particulier l’Alliance nationale pour le changement (ANC) et l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS) qui ont été touchés par des arrestations, dénoncées comme arbitraires par les secrétariats international et aux droits de l’Homme du Parti socialiste dans un communiqué du 13 février 2013.

Au Togo, dans les milieux un peu intéressés à la vie publique et politique, personne ne croit sérieusement à une implication organisée d’en haut par des leaders d’opposition dans les deux incendies. On ne voit pas très bien pourquoi les femmes du marché, réputées proches de l’opposition, auraient été complices de la destruction de leur outil de travail. A Lomé où se concentrent toute la vie politique et la plus grande partie de la vie économique du pays, la « rue » togolaise a une connaissance très fine, souvent partiale, des jeux et enjeux de pouvoir autour des affaires publiques. Elle sait que le feu mis à des édifices publics ou collectifs a toujours fait partie des instruments des violences politiques que le pays connaît depuis son indépendance ; violences le plus souvent organisées par les tenants du régime, comme le montre le rapport de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation nationale (CVJR) remis en avril 2012 au Chef de l’Etat. Les soupçons se portent plutôt sur des « éléments incontrôlés » du régime en proie à de graves luttes internes. Les arrestations au sein du régime défraient la chronique depuis trois ans. Le pouvoir politique tente de masquer ses propres responsabilités internes en organisant ce brouillage judicaire sur l’affaire des feux. De fait il expose à la rue sa grande fébrilité et son affaiblissement interne.

Depuis les élections contestées de 2010, l’opposition a réussi à chroniciser la contestation en maintenant toutes les semaines des mobilisations populaires plus ou moins suivies. A quelques exceptions près ces mobilisations n’ont pas débouché sur des violences graves. Les forces de l’ordre, mieux formées, sont moins brutales que lors des répressions des années 90. L’ANC au départ et depuis un an le collectif Sauvons le Togo avec la coalition Arc-en-ciel, organisent la contestation contre le régime. Cependant ce travail politique coordonné n’accrédite pas, aux yeux des togolais, une capacité réelle de l’opposition à organiser et gérer une alternance politique. Une véritable défiance existe envers une classe politique coutumière des va-et-vient entre le régime et l’opposition. M. Agbeyomé, l’un des leaders de l’opposition arrêté récemment était ministre de l’intérieur lors du massacre de Fréaux Jardin (21 morts en 1991). Jean Paul Gniegnievi leader de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) est maintenant conseiller à la présidence, Me Agboyibor a été premier ministre. Gilchrist Olympio, fils du premier président assassiné, opposant historique a rallié le président actuel en 2010. Ce constat de comportement de girouette n’est cependant pas encore fait à l’endroit de Jean-Pierre Fabre (photo), en revanche beaucoup s’interrogent sur sa carrure d’homme d’Etat et ses pratiques dans la gestion de son parti, l’ANC.

La délégation de l’Union Européenne a l’image (souvent à tort) d’une chancellerie proche du régime. Elle fait (trop) régulièrement des communiqués s’en expliquant, mais l’influence réelle ou supposée de Louis Michel, réputé proche du régime, nuit à son image auprès de l’opposition togolaise. L’ambassade de France jusqu’à présent arrive à ménager son image. Quant à l’ambassade d’Allemagne, autre poids lourd diplomatique, elle ne cache pas son hostilité au régime.

Les prochaines élections législatives (annoncées depuis octobre dernier et régulièrement repoussées depuis) sont la question politique à court terme. A moyen terme ce sont les élections présidentielles de 2015 qui sont le véritable enjeu. A part la question de la légitimité constitutionnelle du président actuel à se présenter à nouveau (il est toujours bien conseillé sur les questions de droit constitutionnel) l’élection sera plutôt marquée par une pléthore de candidat si l’opposition ne parvient pas à s’organiser (ce qui semble être le cas). L’enjeu politique au Togo est de conduire une transition vers une alternance inéluctable qui ne débouche pas sur des violences politiques et des règlements de compte intercommunautaires. Le danger existe. Les leaders politiques capables d’incarner collectivement cette transition pacifique existent mais ne sont pas nombreux.

O.I.M.

Ce texte a été écrit dans le cadre L’Observatoire international des militants qui relève de la Fédération des Français à l’étranger du Parti socialiste. Il œuvre à valoriser les témoignages, analyses et propositions des militant(e)s de la FFE sur les sujets relevant de l’étranger, de la mondialisation et de la globalisation

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