Débat militant
     
       Militer aujourd'hui au Parti Socialiste  
  

 
Valérie Parra, Section de Madrid

Le militantisme de nos jours est perçu par la majorité de l'opinion publique comme une pratique désuète et sans beaucoup d'utilité ni de sens. Notamment dans notre pays de résidence, l'Espagne, mais cela est aussi vraie en France. C'est inquiétant car cela concerne plutôt les jeunes qui se tournent plutôt vers le militantisme associatif, quand ils décident de s'engager, plutôt que le politique. C'est pourtant la jeunesse qui fait bouger les choses, dans notre Histoire contemporaine et récente cela s'est vérifié. Prenons note de la grande participation massive des jeunes lors des manifestations anti-Le Pen, après le premier tour des élections présidentielles du 21 avril dernier.
Aussi, les luttes internes des partis sont un refouloir pour les personnes qui souhaitent adhérer et s'investir dans l'action politique. Souvent l'organisation et le fonctionnement même des partis, et du notre en particulier, sont un obstacle pour la participation et action des nouveau militants. Sociologiquement le PS a évolué comme la société française, la classe moyenne y est largement représentée alors que les personnes à faibles revenus n'ont pas la capacité économique, ni peut-être de temps à consacrer au militantisme.
Cette petite et brève analyse des causes de la baisse de militantisme dans nos sociétés nous amène à penser qu'il est nécessaire de réorienter notre façon de militer de manière à s'adapter à la réalité qui nous entoure. Actuellement, le militantisme associatif est certainement le plus efficace et concret, c'est à travers lui que l'on voit le résultat des actions qu'on mène, d'où son plus grand attrait pour la plupart des gens. En tant que membres d'une organisations politique comme la nôtre notre obligation est de nous investir dans des associations, à but non lucratif, qui peuvent avoir des objectifs de solidarité ou bien l'application de nos idées dans la vie citoyenne (c'est le cas pour les associations de parents d'élèves, syndicats ou associations de voisinage, de quartier…). D'ailleurs notre parti dans ses statuts recommande l'adhésion syndicale.
Diversifier les pratiques politiques serait la clé du nouveau militantisme, pour cela il faut réfléchir au rôle du PS comme étant au centre de ce militantisme pour qu'il représente une plate-forme de réflexion et d'idées à mettre en pratique, ouvrant ses portes de plus en plus au sympathisants qui souvent son membres de ces associations et ont des relations avec le PS. Il faudrait réfléchir, aussi, au montant des cotisations qui souvent représentent un frais de plus quand on déjà membre de plusieurs associations.
L'ouverture du parti doit se faire dans tous les sens, du haut vers le bas et du bas vers le haut. Nous sommes membres du PS par disposition et volonté personnelle mais beaucoup de gens proches de nos idées ne font pas le pas souvent par méconnaissance de ce qu'est un parti politique, pensant que c'est une secte d'apparatchiks et qu'ils ne pourront jamais participer et arriver à avoir des responsabilités pour arriver à mettre leurs idées en pratique.

Réponses question par question :

Comment adopter des formes de militantisme politique adaptés à la société actuelle ?
Aller vers le militantisme efficace et pratique: associations de quartier, de solidarité, syndicats, associations de parents d'élèves. Aller c'est s'investir et consacrer la plupart de son militantisme dans ces structures.

Comment mieux assurer une diversité de recrutement ?
En faisant partie des associations et en parlant de notre militantisme politique aux autres, en montrant l'exemple aussi, souvent nous sommes trop discrets sur notre appartenance au PS, il faut expliquer ce que nous sommes et ce que nous voulons faire au sein du parti malgré les inconvénients existants que nous sommes là pour corriger.

Comment ouvrir davantage le parti sur la société ?
En invitant des collectifs entiers à nos débats ainsi qu'à des personnes dont un membre du parti peut garantir qu'il partage nos idées. Cela se fait déjà depuis un certains temps mais il faut sans doute être plus audacieux et au niveau individuel ne pas inciter à l'adhésion, chacun le fera ou ne le fera pas à son temps. Cette pratique doit se faire systématiquement et chaque débat doit être ouvert aux sympathisants et collectifs dont nous savons qu'ils nous sont proches. Le PS doit devenir un vase communicant, un tunnel de fabrication des idées mais pas forcément la structure pour les mettre en pratique.

Quelles relations établir avec les syndicats et les associations ?
Les plus proches possibles et leur offrant d'abord ce que nous avons à donner et aussi, dans le moment actuel où nous nous trouvons, en les sollicitant pour qu'ils nous enrichissent avec leurs idées. Les inviter collectivement à nos débats, écouter ce qu'ils ont à dire, comment ils perçoivent l'action politique notamment des élus, penser à les associer chaque fois que nous établissons un programme électoral (il ne faut pas oublier que nous sommes un parti qui peut gouverner le pays !) et surtout essayer de ne pas décevoir.

Comment mieux travailler avec les sympathisants ?
Les sympathisants doivent être associés à toutes les activités du parti, à l'exception du vote qui aussi implique la prise de responsabilités, une règle d'or doit être ne jamais inciter ni forcer à l'adhésion car nous avons les adhérents que nous méritons et qui ont franchi le pas et l'engagement de le faire. Nous aurons seulement besoin de ceux qui décideront de rentrer par conviction mais cela n'empêche que les sympathisants peuvent exercer le même militantisme qu'un adhèrent et avoir la même utilité. Associer à toutes les activités veut dire débats, élaboration de programme, travail en commission, affichages, représentations diverses, etc…

Faut-il modifier les bases territoriales sur lesquelles reposent notre organisation ?
Si c'est nécessaire afin d'ouvrir les portes du parti, oui. Il faudra donc penser à une nouvelle structure du parti plus collée au terrain, peut-être plus locale dans les grandes villes (par quartiers plutôt que par circonscriptions électorales...).

Faut-il (et comment ?) organiser des sections thématiques ?
C'est une idée intéressante qui peut être efficace pour être plus près du terrain et des associations de quartier. 

Faut-il (et comment ?) rénover notre organisation sur des bases professionnelles ?
Cela ressemblerait alors à un syndicat, ce n'est donc pas une proposition raisonnable car cela marquerait des clivages sociaux au sein du Parti.

Faut-il accepter des adhésions collectives d'associations qui participeraient à notre débat politique ?
Oui, sans aucun doute. Si l'on procéder à la création de sections thématiques ou groupes de travail elles pourraient s'intégrer dans ce cadre là.

Comment améliorer notre démocratie interne ?
En interdisant, statutairement, le cumul des responsabilités au sein du parti et en obligeant, de la même façon, la rotation des adhérents aux postes de responsabilité. Faciliter la formation politique à cet effet est nécessaire. Le principe « un adhérent, un vote » doit être maintenu.

Dans quel sens faire évoluer le Parti des Socialistes Européens ?
L'action internationale des partis et des syndicats est de plus en plus nécessaire de part la mondialisation croissante. Nous devons favoriser les échanges de points de vues entre personnes de mêmes sensibilités mais de pays et régions différentes, dans les régions frontalières c'est plus facile et à notre petit niveau de la section PS de Madrid nous pouvons établir des réunions avec les camarades du PSOE plus fréquentes et qui ont d'ailleurs été sollicités par eux. Les associer à la réflexion de notre Congrès. Mais aussi il existe des associations politiques de gauche d'autres partis européens à Madrid, nous avons la chance d'être dans une capitale, ça serait intéressant d'établir une coordination et des rencontres avec eux et échanger des idées sur la construction européenne, d'autant que nous vivons un moment historique crucial avec l'élargissement de l'UE.

Quelles sont les conditions pour que l'on puisse arriver à établir un véritable « programme commun » des socialistes européens ?
La première des conditions est la volonté réelle des dirigeants des partis socialistes en Europe pour le faire. La seconde serait d'introduire beaucoup plus le débat international et européen au sein des sections, ce qui souvent fait défaut. Y faire participer le plus grand nombre de militants et sympathisants possible.

Que penser du rôle de l'Internationale Socialiste ?
Actuellement l'IS est très peu présente dans les médias et son action est à peine connue y compris par les militants des partis membres. Cela fait cruellement défaut à un moment où la mondialisation fait des ravages et où le déséquilibre Nord-Sud est de plus en plus croissant. La protection des plus faibles, à l'échelle mondiale, doit rester une priorité pour les socialistes et si nous n'avons pas de structure supra-nationale capable de coordonner cette action, difficilement nous atteindrons les objectifs. L'IS devrait orienter son action à faire pression sur les gouvernements, le FMI, la Banque Mondiale, lors des grandes conférences mondiales (Porto-Alegre, etc..) où nous avons à peine entendu sa voix. Pour le moment nous n'avons pas proposé à l'opinion publique des réponses satisfaisantes à ces grands chantiers qui ont des effets directs sur nos pays « prospères ». L'IS doit proposer une grande réforme des institutions mondiales afin qu'elles soient plus démocratiques, s'investir à fond dans la lutte pour la protection de l'environnement, demander l'annulation totale des dettes des pays les plus pauvres et mettre fin à l'existence des paradis fiscaux. Et surtout, surtout faire entendre sa voix, commencer à exister sur le plan mondial car de plus en plus les structures supra-nationales sont indispensables à l'action politique car les problèmes à régler par cette action dépassent toujours les limites géographiques des pays.